29 mars 2009
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Comme écrit la semaine dernière, je vais vous parler d'un film plein de défauts et qui m'a pourtant fait forte impression.
2) La Journée de la jupe : « C'est la réalité qui est caricaturale. »
Un film de Jean-Paul Lilienfeld
2) La Journée de la jupe : « C'est la réalité qui est caricaturale. »
Un film de Jean-Paul Lilienfeld
Évacuons avant tout un certain nombre de choses. Oui, la musique est souvent horripilante, surtout vers la fin. Oui, les intrigues
secondaires - le policier et ses problèmes de cœur, par exemple - ne servent à rien et affaiblissent l'ensemble. Oui, parfois, ça part un peu n'importe où n'importe comment. Oui, la scène
finale, très Cercle des poètes disparus (je vous ai dit tout le mal que je pensais de ce film ? Non ? Alors redemandez-le moi à l'occasion ! ^^) est inutile.
Et pourtant, c'est une vraie réussite :
Bref : c'est à voir, à voir vraiment. On n'en sort pas forcément rassuré, mais il y a dans ce personnage de prof paumée qui vomit chaque matin tellement elle hait aller en cours, et qui pourtant dégaine son Bourgeois gentilhomme et tente, envers et contre tout, de faire jouer une scène même peu, même mal, dans cette prof qui, si elle ne minimise ni la détresse ni les difficultés immenses de ses élèves, ne leur pardonne pourtant pas de ne pas saisir la chance qui leur est offerte de s'en sortir - la seule peut-être qu'ils auront dans leur vie- ; il y a dans ce personnage un attachement si fort au savoir, à l'intelligence, à la culture - la grande culture - et une croyance si belle en leur possibilité d'améliorer les êtres, qu'elle dépasse de loin tous les François Marin, complices de la médiocrité et enseignants de rien du tout.
Il est d'ailleurs significatif qu'à chaque fois, ce soit un prof de français qui soit choisi : c'est dans ma matière que l'idéologique a fait le maximum de dégâts, en agissant non seulement sur la façon d'enseigner, mais également - et nettement plus qu'ailleurs - sur le contenu des enseignements, sur le "message citoyen". C'est par ma matière que peuvent passer les messages d'espoirs, les idées. C'est en maîtrisant sa langue et en ayant conscience des beautés et des pensées qu'elle a fait naître qu'on peut trouver sa place dans la société et dans le monde. Et c'est en détruisant le langage et la communication éclairée qu'on met en place un cycle de la violence.
Et pourtant, c'est une vraie réussite :
- parce qu'il y a une bonne idée de départ, qui produit des moments de vrai cinéma. Plutôt que de se vautrer comme Entre les murs dans le film-documentaire dont l'acmé est un mauvais conseil de discipline pour des raisons finalement faibles - un élève en blesse une autre par inadvertance avec une partie métallique de son sac à dos et tutoie son enseignant (combien de collègues peuvent témoigner que dans certains établissements, ça vaut à peine une journée d'exclusion, voire des "points" en moins sur un "permis à points") -, La Journée de la jupe, dès le début, nous met dans une ambiance autrement plus dramatique (au sens théâtral du terme) : la prof nous dit que ses élèves sont devenus ses ennemis, et paf - flash-back - elle trouve un pistolet dans un sac d'élève, et, couverte d'insultes et de menaces, devient l'agresseur et prend ses élèves en otage.
- parce que je me reconnais dans le message délivré par le film : féminisme et laïcité. Et que là-dessus, le film a tout bon, aussi caricaturaux que puissent être les personnages (collègues et principal). Au passage, quand on sait que le prof d'Entre les murs n'est pas une caricature, je crois qu'on peut admettre facilement que les personnages de La Journée de la jupe n'en sont probablement pas davantage, y compris le prof qui a son Coran sur lui pour vérifier les affirmations de ses élèves, y compris le principal veule qui explique en bégayant pourquoi il ne fait rien (écoutez bien ses explications : elles ne sont pas caricaturales. Non : elles sont exactes. Parfaitement exactes.), y compris le prof qui s'est fait tabasser par des gamins et qui explique qu'ils ont eu une divergence d'opinion et qu'il a senti de la détresse dans ce geste. Tout ça serait caricatural ? C'est vrai : c'est la réalité qui est caricaturale.
- parce que ce film est vrai ! Tout le travail pseudo-réaliste d'Entre les murs contient moins de vérité qu'une scène de La Journée de la jupe. Vraie, la "culture" djeuns (ou plutôt l'aculture djeuns) dénoncée probablement trop grossièrement, mais parfois de façon tellement jubilatoire dans le film (« Zidane il a marqué !!! »). Vraie, la façon de filmer. Je me suis vu dans un collège du début à la fin (avis à mes collègues : ils ont le même carrelage que nous sur les murs !), alors qu'Entre les murs et son plan fixe sur chaises vides m'a fait tout autant sortir du réel que son match de foot final pseudo-réconciliateur m'en a exclu jusqu'au bout, mauvaises ficelles d'un mauvais cinéma. Vrais également la rage, la colère, le désarroi, la souffrance de nombreux professeurs confrontés à des fauves plutôt qu'à des élèves (eh non ! les élèves non plus ne sont pas caricaturaux), et qu'enfin l'on peut voir exploser dans le film. Vraie enfin la vision sociale proposée. J'ai habité en banlieue "légèrement" chaude (comprenez qu'il y a nettement pire) : j'ai vu une fille se faire projeter dans une cabine téléphonique par son frère - sous le regard des copains dudit frère, neutres comme la Suisse - parce qu'elle était en jupe et maquillée. Alors la loi du silence, les sacs plastiques au lieu de sacs à main, toute cette chronique de la violence ordinaire que nous fait le film, notamment au travers des interventions des habitants du quartier au micro des journalistes, j'y crois complètement.
- parce qu'on a une vraie actrice qui joue vraiment. Non, franchement, même si on n'aime pas Adjani, au moins elle fait du cinéma.
- parce que ce film fonctionne malgré ses excès, et même jusque dans ses excès. Une prof laïque jusqu'au point de ne pas avoir voulu révéler des origines qui l'auraient sans aucun doute "aidée" à tenir sa classe - eussent-elles été connues ? Un cours sur Molière (pas terrible, d'ailleurs : juste une lecture à voix haute de la biographie) sous la menace d'un flingue ? Eh bien ça marche, car on est passé sur le plan du symbolique, sur le plan de l'illustration forte d'une idée tout aussi forte. Au moins là, le message du film est clair : on voit bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume des cités, et qu'on ne va pas affirmer que le manque de culture classique est contrebalancé par la formidable énergie de cette jeune génération, "qui bouge mieux", comme le disait horriblement Bégaudeau.
Bref : c'est à voir, à voir vraiment. On n'en sort pas forcément rassuré, mais il y a dans ce personnage de prof paumée qui vomit chaque matin tellement elle hait aller en cours, et qui pourtant dégaine son Bourgeois gentilhomme et tente, envers et contre tout, de faire jouer une scène même peu, même mal, dans cette prof qui, si elle ne minimise ni la détresse ni les difficultés immenses de ses élèves, ne leur pardonne pourtant pas de ne pas saisir la chance qui leur est offerte de s'en sortir - la seule peut-être qu'ils auront dans leur vie- ; il y a dans ce personnage un attachement si fort au savoir, à l'intelligence, à la culture - la grande culture - et une croyance si belle en leur possibilité d'améliorer les êtres, qu'elle dépasse de loin tous les François Marin, complices de la médiocrité et enseignants de rien du tout.
Il est d'ailleurs significatif qu'à chaque fois, ce soit un prof de français qui soit choisi : c'est dans ma matière que l'idéologique a fait le maximum de dégâts, en agissant non seulement sur la façon d'enseigner, mais également - et nettement plus qu'ailleurs - sur le contenu des enseignements, sur le "message citoyen". C'est par ma matière que peuvent passer les messages d'espoirs, les idées. C'est en maîtrisant sa langue et en ayant conscience des beautés et des pensées qu'elle a fait naître qu'on peut trouver sa place dans la société et dans le monde. Et c'est en détruisant le langage et la communication éclairée qu'on met en place un cycle de la violence.
jugurta 15/04/2009
roussote 15/04/2009
jugurta 19/04/2009
Patrice 21/04/2009
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