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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 16:21
  Comme écrit la semaine dernière, je vais vous parler d'un film plein de défauts et qui m'a pourtant fait forte impression.

2) La Journée de la jupe : « C'est la réalité qui est caricaturale. »

Un film de Jean-Paul Lilienfeld

  Évacuons avant tout un certain nombre de choses. Oui, la musique est souvent horripilante, surtout vers la fin. Oui, les intrigues secondaires - le policier et ses problèmes de cœur, par exemple - ne servent à rien et affaiblissent l'ensemble. Oui, parfois, ça part un peu n'importe où n'importe comment. Oui, la scène finale, très Cercle des poètes disparus (je vous ai dit tout le mal que je pensais de ce film ? Non ? Alors redemandez-le moi à l'occasion ! ^^) est inutile.

  Et pourtant, c'est une vraie réussite :

  • parce qu'il y a une bonne idée de départ, qui produit des moments de vrai cinéma. Plutôt que de se vautrer  comme Entre les murs dans le film-documentaire dont l'acmé est un mauvais conseil de discipline pour des raisons finalement faibles - un élève en blesse une autre par inadvertance avec une partie métallique de son sac à dos et tutoie son enseignant (combien de collègues peuvent témoigner que dans certains établissements, ça vaut à peine  une journée d'exclusion, voire des "points" en moins sur un "permis à points") -, La Journée de la jupe, dès le début, nous met dans une ambiance autrement plus dramatique (au sens théâtral du terme) : la prof nous dit que ses élèves sont devenus ses ennemis, et paf - flash-back - elle trouve un pistolet dans un sac d'élève, et, couverte d'insultes et de menaces, devient l'agresseur et prend ses élèves en otage.

  • parce que je me reconnais dans le message délivré par le film : féminisme et laïcité. Et que là-dessus, le film a tout bon, aussi caricaturaux que puissent être les personnages (collègues et principal). Au passage, quand on sait que le prof d'Entre les murs n'est pas une caricature, je crois qu'on peut admettre facilement que les personnages de La Journée de la jupe n'en sont probablement pas davantage, y compris le prof qui a son Coran sur lui pour  vérifier les affirmations de ses élèves, y compris le principal veule qui explique en bégayant pourquoi il ne fait rien (écoutez bien ses explications : elles ne sont pas caricaturales. Non : elles sont exactes. Parfaitement exactes.), y compris le prof qui s'est fait tabasser par des gamins et qui explique qu'ils ont eu une divergence d'opinion et qu'il a senti de la détresse dans ce geste. Tout ça serait caricatural ? C'est vrai : c'est la réalité qui est caricaturale.

  • parce que ce film est vrai ! Tout le travail pseudo-réaliste d'Entre les murs contient moins de vérité qu'une scène de La Journée de la jupe. Vraie, la "culture" djeuns (ou plutôt l'aculture djeuns) dénoncée probablement trop grossièrement, mais parfois de façon tellement jubilatoire dans le film (« Zidane il a marqué  !!! »). Vraie, la façon de filmer. Je me suis vu dans un collège du début à la fin (avis à mes collègues : ils ont le même carrelage que nous sur les murs !), alors qu'Entre les murs et son plan fixe sur chaises vides m'a fait tout autant sortir du réel que son match de foot final pseudo-réconciliateur m'en a exclu jusqu'au bout, mauvaises ficelles d'un mauvais cinéma. Vrais également la rage, la colère, le désarroi, la souffrance de nombreux professeurs confrontés à des fauves plutôt qu'à des élèves (eh non ! les élèves non plus ne sont pas caricaturaux), et qu'enfin l'on peut voir exploser dans le film. Vraie enfin la vision sociale proposée. J'ai habité en banlieue "légèrement" chaude (comprenez qu'il y a nettement pire) : j'ai vu une fille se faire projeter dans une cabine téléphonique par son frère - sous le regard des copains dudit frère, neutres comme la Suisse - parce qu'elle était en jupe et maquillée. Alors la loi du silence, les sacs plastiques au lieu de sacs à main, toute cette chronique de la violence ordinaire que nous fait le film, notamment au travers des interventions des habitants du quartier au micro des journalistes, j'y crois complètement.

  • parce qu'on a une vraie actrice qui joue vraiment. Non, franchement, même si on n'aime pas Adjani, au moins elle fait du cinéma.

  • parce que ce film fonctionne malgré ses excès, et même jusque dans ses excès. Une prof laïque jusqu'au point de ne pas avoir voulu révéler des origines qui l'auraient sans aucun doute "aidée" à tenir sa classe - eussent-elles été connues ? Un cours sur Molière (pas terrible, d'ailleurs : juste une lecture à voix haute de la biographie) sous la menace d'un flingue ? Eh bien ça marche, car on est passé sur le plan du symbolique, sur le plan de l'illustration  forte d'une idée tout aussi forte. Au moins là, le message du film est clair : on voit bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume des cités, et qu'on ne va pas affirmer que le manque de culture classique est contrebalancé par la formidable énergie de cette jeune génération, "qui bouge mieux", comme le disait horriblement Bégaudeau.  

  Bref : c'est à voir, à voir vraiment. On n'en sort pas forcément rassuré, mais il y a dans ce personnage de prof paumée qui vomit chaque matin tellement elle hait aller en cours, et qui pourtant dégaine son Bourgeois gentilhomme et tente, envers et contre tout, de faire jouer une scène même peu, même mal, dans cette prof qui,  si elle ne minimise ni la détresse ni les difficultés immenses de ses élèves, ne leur pardonne  pourtant pas de ne pas saisir la chance qui leur est offerte de s'en sortir - la seule peut-être qu'ils auront dans leur vie- ; il y a  dans ce personnage un attachement si fort au savoir, à l'intelligence, à la culture - la grande culture - et une croyance si belle en leur possibilité d'améliorer les êtres, qu'elle dépasse de loin tous les François Marin, complices de la médiocrité et enseignants de rien du tout.
  Il est d'ailleurs significatif qu'à chaque fois, ce soit un prof de français qui soit choisi : c'est dans ma matière que l'idéologique a fait le maximum de dégâts, en agissant non seulement sur la façon d'enseigner, mais également - et nettement plus qu'ailleurs - sur le contenu des enseignements, sur le "message citoyen". C'est par ma matière que peuvent passer les messages d'espoirs, les idées. C'est en maîtrisant sa langue et en ayant conscience des beautés  et des pensées qu'elle a fait naître qu'on peut trouver sa place dans la société et dans le monde. Et c'est en détruisant le langage et la communication éclairée qu'on met en place un cycle de la violence.


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commentaires

david 24/04/2009 18:16

Le problème avec le cinéma c'est que souvent les acteurs, les dialogues, la technique, le scénario ne sont pas en totale coordination. L'un n'est pas assez, l'autre est trop...
L'autre truc important est quand même de savoir dans quel contexte on aborde la critique, moi l'autre fois une dame me balance, en sortant de Coco après m'avoir fusillé du regard suite au grand bien que j'avais dis de ce film, vous êtes un con. Se faire traiter de con parcqu'on est lucide et qu'il n'y a rien d'insultant à dire du mal de ce film tellement il est pas terrible.
Donc suite à ça j'ai eu droit au couplet, oui monsieur vous trouvez ça nul, oui peut être, oui mais mon bonheur à moi qui a fait que j'ai ris, j'ai trouvé de l'émotion et pourquoi pas oui j'ai pris l'air.... Donc la critique oui après ça dépend du cadre et du avec qui sinon c'est pas la peine tellement tout est défendable.
En ce qui concerne le film du moment c'est pas mal même s'il y a pas de quoi sauter au plafond.
Foncez voir tokyo sonota ou le encore plus formidabler Ne me libérez pas je m'en charge


Bisous à vous et bravo JR pour ton blog

Patrice 21/04/2009 02:05

La mauvaise nouvelle, c'est qu'on peut être ringard(e) à trente ans...
La bonne, c'est qu'on n'est pas obligé(e)! de l'être ;)

Patrice, "Hier encore j'avais vingt ans et je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître"

PS : ça ne m'empêche pas de penser comme vous...

jugurta 19/04/2009 21:00

Ringarde? Rousseaute. Pas du tout. J'ai la trentaine et je pense exactement la même chose...à moins que l'on peut être ringard à trente ans :o)

roussote 15/04/2009 15:18

Oui , jugurta , pardon ,j'ai été peut-être un peu vive mais je suis une ancienne institutrice issu du peuple , laïque jusqu'à l'os et attachée passionnément à la réussite de TOUS les enfants . Parce que j'ai des amis algériens ,nigériens ,laotiens qui croient aux valeurs de notre pays , je suis assez agacée par la victimisation qui est faite de ceux qui -bien que très minoritaires!- salissent l'image de nos concitoyens qui ont choisi d'être français . Je suis un peu ringarde , je l'avoue .

jugurta 15/04/2009 11:40

Bonjour Roussote,

J'ai lu l'article du Diplo, et j'ai été surpris par la teneur des idées qu'il developpe. Enfin surpris pas tant que ça, c'est le Diplo, mais j'ai l'impression qu'une partie de la gauche ne veut pas voir le réel.

Elle a peur de se faire taxer de raciste, la pire insulte aujourd'hui, dès qu'elle affirme que certains jeunes issus de l'immigration ne veulent pas étudier ou s'intégrer.

Je pense pour ma part qu'il faut dépassionner ce débat tenu entre les extremistes des deux bors, les premiers voyant les "issus de l'immigration" comme des "bêtes sauvages" les seconds comme des victimes à vie.

Une des solutions serait dès le plus jeune âge faire adherer aux valeurs républicaines ces enfants, et aider aussi leurs parents analphabètes à s'approprier la langue française.

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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